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Rafales de pensées

Les derniers soleils (par Aurélien Carton)

Au village le jour ne veut plus se lever,
L’horizon désuet porte un collier de brume.
Depuis longtemps le coq a cessé de chanter,
Au théâtre de l’aube, ses hymnes d’amertume.

Le ciel parait si bas,
Des averses de boue
Inondent les sillons
De la mélancolie.
Sur de l’herbe mica
Un âne rêve debout
Dans l’enclos des saisons
Où sèche l’ancolie.

Les volets se confondent
En paupières d’ébène
Aux chaumières talées ;
S’entassent les remords
Dans un recoin du Monde
Où le roi est un chêne.
L’espoir s’en est allé,
Tous les oiseaux sont morts.

Au village l’instant ne semble s’écouler
Que sur les joues fragiles de la terre rougie
Par l’empreinte carmin d’un amour refoulé ;
Le chemin du partage s’éclaire à la bougie.

L’église flatte l’esprit de ses tristes clients
Au marché de l’ennui, bradant l’éternité,
Le curé distribue quelques pieux dépliants
Même si de son regard la foi s’est exilée.

Et les âmes se croisent
Comme on croise le fer,
Les habitants se toisent :
Reflet de leur misère.

Sur les sentiers sans peau
Des cadavres de chiens,
La lune sans cerceau
D’un cirque aérien…

On dit dans la région
Qu’un ruisseau de lumière
S’éparpille en éclat
De rires multicolores,
Que l’autre est religion
Et l’amitié prospère,
Que les heures, là-bas,
S’égrainent en perles d’or.

On parle d’un endroit
Sans chemin ni frontière,
D’un écrin suspendu
Aux fêlures de l’éveil
Où l’aurore se boit
Au goulot du sincère :

Comme des yeux perdus
Brillent les derniers soleils.

Ici le paysage foule son manteau de suie
Car c’est à l’arme blanche qu’on achève l’été.
Soupesant l’existence, chacun porte sa nuit,
Au village le jour ne veut plus se lever.

                                                                                                  AC 2011-11-26

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À propos de corkloizo

Un commentaire sur “Les derniers soleils (par Aurélien Carton)

  1. David
    juillet 8, 2012

    Salut,

    Un très chouette morceau, un décor vivant, où tu vas faire la promo de ton prochain recueil ?

    Bon, en attendant un p’tit cadeau en passant, le Gnou de Desnos :

    « Pan ! Pan ! Pan ! Qui frappe à ma porte ?
    Pan ! Pan ! Pan ! C’est un jeune faon
    Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte
    Pan ! Pan ! Pan ! Je t’apporte un paon
    Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte
    Pan ! Pan ! Pan ! J’arrive de Laon
    Pan ! Pan ! Pan ! Mon père est un gnou
    Né on ne sait où,
    Un gnou à queue blanche
    Qui demain dimanche,
    Te fera les cornes
    Sur les bords de l’Orne. »

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Cette entrée a été publiée le mars 26, 2012 par dans Publications littéraires, et est taguée , , , .
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