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Rafales de pensées

Mort avant d’avoir vécu (par Aurélien Carton)

Il semble ne jamais se trouver à sa place,
Dans la cour de l’école ou près de sa maman,
Son cœur est prisonnier d’un chapiteau de glace,
Il pleure aux mariages, s’esclaffe aux enterrements.

Les sourires ont quitté le rivage de ses lèvres,
Son regard est plus noir qu’un orage de suie,
Fils de l’insomnie, il a troqué ses rêves
Contre un roman d’amour pour combattre la nuit.

Préparé dès l’aurore à nier l’évidence,
Il sursaute à la moindre œillade de la vie,
Inconscient d’avoir dû enterrer son enfance
Dans la fosse commune de l’absence d’envie.

Son histoire est de celles qu’on expose au 20 heures
Pour effrayer le peuple et garantir l’audience,
Le sordide obnubile les téléspectateurs
Rassurés par le prisme de leurs propres déviances.

Au village on fuyait le tumulte et le bruit
Haïssant le bavard plus que le paresseux,
Sommés à la naissance de délaisser le cri
Ayant la tessiture des voix qui comptent peu.

On ne l’avait pas cru lorsqu’il s’était confié
L’exhortant d’arrêter de faire l’intéressant.
Alors il se taisait ne pouvant se fier
Ni à des inconnus ni à ceux de son sang.

Réfugié par défaut dans les bras du silence,
Peu à peu transformant l’immonde en habitude,
Il lui pardonnait presque, à son oncle Maxence,
Dans ses saillies parfois, de se montrer trop rude.

Il se pliait sans geindre aux caprices du vieux
Dans l’ancien poulailler derrière la maison,
Puis allait se laver en faisant de son mieux
Pour ne pas trop penser, pour garder la raison.

Il ravalait sa honte, ses craintes et sa douleur
En s’exilant très loin dans son imaginaire,
S’envolaient des oiseaux de toutes les couleurs
Dans le ciel de son âme, pour supporter l’enfer.

Mais un jour les gendarmes surprirent la vérité
En étouffant les siens sous un tas de questions,
Lui s’était intimé de ne pas sangloter
Quand on avait passé les menottes au tonton.

Un si gentil gamin mentait l’institutrice,
Qui aurait pu prévoir clamait le directeur,
La rumeur prétendait que d’après la police
D’autres faits impliquaient le présumé violeur.

Ainsi la cécité fit place aux mièvreries :
De pincements de joues en carambars rances…
Comme si la douceur de quelques sucreries
Pouvait atténuer l’aigreur de l’existence.

En classe on le traitait toujours tel un fardeau,
Rosy n’acceptait plus de lui prêter sa gomme.
On le suivait des yeux quand il tournait le dos,
La maîtresse murmurait pauvre petit bonhomme.

Ses parents s’échangeaient leur culpabilité,
De ne pas avoir vu, de ne pas avoir su…
S’interrogeant encore sur la réalité
De cette tragédie, ils paraissaient perdus.

Il renie son passé avec trop d’aisance
En s’entendant répondre à la curiosité
Des gens qui lui demandent de conter sa souffrance,
Aux psychologues en herbe qui croient pouvoir l’aider.

Il dessine à présent de curieux paysages,
Ne parle qu’à ses crayons, de l’autre porte le deuil ;
Heureux lorsqu’il trace les courbes d’un nuage
En creusant dans son art une terre d’accueil.

Il dédie son errance au chemin qui s’écroule
Sous ses pas cimentés en berne sur l’oubli.

Il fuit l’ombre aujourd’hui et recherche la foule
Afin de s’égarer,

Surtout par Temps de pluie.

                                                                                                  AC 2012-02-20

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À propos de corkloizo

2 commentaires sur “Mort avant d’avoir vécu (par Aurélien Carton)

  1. David
    mai 26, 2012

    Bonjour,

    Je crois reconnaitre l’auteur, d’avoir lu d’autres de ces poèmes dont un fameux « rosy ». Celui-là me semble garder le ton bien a lui, dans une poésie moins symbolique si je ne me trompe pas, ça met les points sur les i, c’est un thème douloureux mais qui se tient droit de bout en bout, bravo.

  2. Clémentine
    mai 2, 2013

    Et au hasard des vagues retrouver ton image. Griffe unique et toujours aussi déchirante.
    Bravo Monsieur.

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Cette entrée a été publiée le avril 2, 2012 par dans Publications littéraires, et est taguée , , , .
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